[Précédent] - Retour vignettes - [Suivant]
Dujardin

Petit bonjour à Dujardin

Chaque fois que le samedi, j’arrive à m’extraire à petits pas du Marché couvert de Metz, après que, par l’odeur alléchés, des touristes Pompidou m’aient barré le passage devant les étals de jambons, je trottine vers la Cathédrale pour donner un petit bonjour à Dujardin.
Son nom est peu connu des Messins alors qu’on lui doit la résurrection des sculptures médiévales au fronton des deux Portails du Christ et de la Vierge.
Mais alors, ce Dujardin ?  On a beau chercher dans le dictionnaire, il n’y figure point. Après tout, se dit-on, c’est normal  depuis le temps…
L’ennui, c’est que son chantier n’est pas aussi vieux qu’on le pense. Il est de la fin du XIX è siècle !  Du coup, chaque fois qu’un visiteur peu au courant des fourberies messines admire un peu trop bruyamment “le coup de ciseau des maîtres du Moyen Age“, Dujardin doit rigoler dans sa tombe.
N’empêche que son souvenir est passé à la trappe. S’il était né au XIVe au lieu de vivre à la Belle époque, cet homme timide et cultivé aurait depuis longtemps laissé son nom à quelque rue messine.  Hélas, il a eu le malheur de faire ce travail magnifique à la demande des Allemands. Ce qui, à leur départ en 1919, était forcément insupportable aux yeux des patriotes Messins.
Comme il était Français, des revanchards firent alors courir le bruit qu’il était un ancien Communard réfugié en Moselle pour éviter des poursuites à Paris. Ce mensonge le fit passer pour un dangereux exalté dans une Moselle couleur bleu horizon.

Quand, devant le Portail du Christ, je contemple avec délectation les formes troublantes des pécheresses en rang d’oignons que le sculpteur a imaginées aux portes de l’Enfer, l’envie me prend de lui faire des excuses au nom de la ville. D’autant que, chaque fois, les trente deux prophètes qu’il a fait discuter au dessous du narthex, deux par deux dans leurs niches, ont l’air du même avis. Samedi dernier, Zacharie m’a fait un clin d’oeil et dit à son copain Malachie : « Mais qu’est ce qu’ils attendent pour lui donner une rue, à notre Dujardin ? »

Par Jacques Gandebeuf [Site :: Moselle humiliée] - Metz - novembre 2010

Découvrez Metz d'il y a un siècle avec l'application Metz Avant
Logo AppStoreAndroid Google Playlogo appstore metz2Facebook MVA
Twitter MVA
23 mai 2012
Bonne fête Didier